Quand on dit non à son nom
Article rédigé(e) par Dominique Mégard le 19 janvier 2010
Publié(e) dans la catégorie Initiatives
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Changer de nom est, sans doute, l'une des « communications » à la fois les plus efficaces et les plus consensuelles de collectivités en mal d'identité. Dernière en date à la course à dénomination nouvelle, la région PACA a engagé en 2009, un processus de changement de nom.
Après le lancement de l'idée en mai, une consultation a eu lieu auprès des habitants du 12 juin au 31 juillet et un comité d'experts a planché pour proposer des appellations qui conviennent. Propositions majoritaires des habitants « Provence » et « Provence Méditerranée » - en dehors des quelques 15% des 10 000 répondants qui souhaitent garder PACA - . Le comité d'experts, lui, a tenu 7 propositions : Provence, Pays de Provence, Provence-Méditerranée, Alpes-Méditerranée, Alpes-Provence, Provence-Alpes-Méditerranée et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le débat ne sera de toute façon pas tranché avant les élections régionales. Michel Vauzelle a seulement indiqué qu'il organiserait un référendum s'il était réélu. Une consultation qui ne vaut pas décision car, pour les régions, seule une loi peut en décider alors qu'un décret suffit pour modifier celui des communes ou des départements.
Le nom est - les communicants le savent plus que d'autres sans doute - un élément essentiel de l'identité des hommes comme des territoires. Pour un territoire, marquage symbolique, visible, de l' « être » il participe de manière forte à sa perception, accentue une mauvaise image ou un mal-être. En affirmant au mois de mai dernier, à propos de Provence-Alpes-Côte d'azur et surtout de PACA - « acronyme indicible » souligne-t-il même - « Nous avons un nom qui nous handicape (...) sur le plan économique, sur le plan de l'identité et de la fierté de notre région » Michel Vauzelle, président de la région, a traduit un sentiment commun à ceux qui ne se retrouvent pas dans leur appellation.
Car ce sont d'abord les territoires qui ont « mal à leur nom », ceux dont l'appellation dévalue l'image qui, sans surprise, s'engagent dans des processus de changement. Une démarche qui fournit ainsi souvent, l'occasion d'une consultation des habitants, histoire de renforcer le sentiment d'appartenance par la décision commune d'une identité visible. Côté régions, on peut se remémorer l'opération ratée de la région Centre qui ne parvint pas à se trouver une autre identité ou plus près de nous l'échec de la « Septimanie » qui n'a pas séduit le Languedoc-Roussillon. Côté départements, parmi les plus connus et dans l'ordre d'apparition : la Seine « inférieure » devenue Seine-Maritime en janvier 1955 ; les Alpes de Haute-Provence restés « Basses »-Alpes jusqu'avril 1970 et les Côtes du « nord » devenues poétiquement Côtes d'Armor en février 90 ( près de 30 ans après la 1ère demande du conseil général). Avec pour la Seine-maritime, en sus - identité quand tu nous tiens - un référendum internet et courrier en décembre 2005 pour le nom...des habitants qui ont se sont baptisés eux-mêmes ( 41 000 votants) à 42% seinomarins contre 30% à seiquanomarins et 29% à mariseinois...
Côté communes, les motifs sont plus variés. Notons parmi les « anciens » Tremblay-les-Gonesse devenu Tremblay-en-France en août 89 ; Bruay-en-Artois soulagée de la mémoire d'un lourd fait divers de 1972, grâce à son regroupement avec Labuissière qui l'a transformé en Bruay-la-Bussière en 1987... Et,parmi les « nouveaux » ou plutôt éventuels futurs nouveaux : Meulan, ville des Yvelines, régulièrement et phonétiquement confondue avec Meulun, ville de Seine-et-marne et dont les habitants - consultés en 2003 !- aimeraient Meulan-sur-Seine. Leur sort est actuellement entre les mains du Conseil d'État...mais aussi - modernité quand tu nous tiens !- Eu, ville bourrée d'atouts et proche de Tréport et du Touquet, qui souffre d'Internet et de se perdre, semble-t-il, dans les moteurs de recherche...
Au total, le plus important n'est-il pas comme le soulignait Dominique Perchet dans un long article sur la question d'Identité et Territoire : « À l'amont de ces différentes questions, et c'est peut-être pour cette raison qu'elles résonnent avec autant d'intensité dans l'opinion, se profile une autre interrogation qui renvoie au sentiment d'appartenance territorial. (...) Comment reconstruire une identité réelle ? Les politiques de communication ne font que construire une appellation qui ne doit pas faire illusion. Un logo et un slogan ne seront jamais aussi forts qu'un « vivre ensemble » . Une conclusion que nul communicant territorial ne saurait rejeter...
Pour aller plus loin :
- Ces lieux qui nous habitent - Identité des territoires, territoires des identités France Guérin-Pace et Elena Filippova Éditions de l'Aube et Ined - collection Monde en cours.
- Synthèse de l'atelier "Changer d'identité", forum Cap'Com 2008


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